Herriman

George
George Herriman
1 880
1 944

 

George Herriman est né en 1880 à la Nouvelle Orléans. 

Son père, boulanger, puis ayant exercé de nombreux petits métiers, souhaitait à chaque fois initier son fils à ses différents apprentissages, alors que celui-ci ne pensait qu’à dessier des comics. En 1886, la famille Herriman s’installe à Los Angeles, en Californie.

George s’y consacre principalement au dessin d’humour et il a la chance de voir ses travaux publiés dans les journaux à qui il les propose, lui faisant ainsi gagner ses premiers dollars.

A dix-sept ans, il vend son premier dessin au «Los angeles Herald», qui l’engage dans son service de photogravure. Il crée par la suite de nombreux dessins humoristiques publiés dans Judge, Life et le New York News. En 1901 il est engagé dans l’équipe graphique du New York World.

[img"George Herriman 1901"] 


 

En 1903 il publie ses premières bande dessinées, comme Lariat Pete et He got His Man.

Il réalisera par la suite de nombreuses sérizes pour divers journaux.

[img"George Herriman 1903 A"]

En 1907 il retourne au New York Journal et y publie Dingbat Family, qui sera plus tard retitrée The Family Upstairs. On y voit les mésaventures classiques d’une famille américaine, avec leur chat, leut chien, puis une souris.

Les animaux de cette série évoluent indépendament des personnages «humains», prenant peu à peu leur indépendance.

Le propriétaire du New York Journal, le richissime William Randolph Hearst, qui servit de modèle à Orson Welles pour son film célèbre Citizen Kane, était fan de la série et de l’humour de Herriman. Il conseille à celui-ci de faire évoluer les animaux de la série dans un strip propre.

[img"George Herriman 1903 B"]


 

Ce sera la série Krazy Kat, qui commenca en 1913 une série de strips parallelement à la famille Dingbat, puis éclipsant complètement celle-ci. Le succès sera au rendez-vous de cette série loufoque, cultivant l’humour, au paysage mouvant, au langage si particulier qu’il est proche de la poésie.

Parallelement, Herriman dessinait aussi, les strips quotidiens d’une autre série Baron Bean, de 1916 à 1919 : il s’agit d’un baron à la gestuelle proche d’un Chaplin, qui vit des aventures un peu plus conventionnelles que celle du Kat.

[img"Baron Bean (couv)"]

 

[img"Baron Bean (A)"]

[img"Baron Bean (B)"]

 


 

En 1919, Hearst alloue à Krazy Kat une planche dominicale en plus du strip quotidien.

C’est l’époque de l’humour débridé et populaire américain, qui voit aussi la naissance du Charlot de Charlie Chaplin ou des Marx Brothers, l’humour de l’entre-deux guerre aux états-Unis. Ce sont les années folles, les Roaring Twenties comme on les appelle Outre-Atlantiques

Hearst et Herriman ont un contrat moral l’un envers l’autre, qui stipule que celui-ci produira des strips de Krazy Kat pour toute la durée de la vie de l’auteur, tandis que l’éditeur s’engage à l’éditer pour cette même durée.

L’indéfectible fidélité de Hearst à Herriman lui permettra de continuer à animer sa série «non-sensique» pendant et après la grande depression de 1929, même après que l’humour absurde et les personnages de migrants miteux aux accents populaires furent passés de mode, même quand le distingué Harold Lloyd succéda au clochard Charlie Chaplin.

Ainsi, Krazy Kat continua jusqu’en 1944, année de la mort de Herriman.

[img"Krazy Kat (dessin)"]


 

Qu’est-ce-que Kray Kat ? 

Cette série raconte l’histoire éternellement recommencée d’un chat, d’une souris Ignatz et d’un chien policier, le sergent Pupp. Le principe est qu’Ignatz, la souris, lance une brique sur la tête de Krazy Kat, et se fait mettre en prison par le Sergent Pupp. S’agit-il d’une série burlesque comme Tom et Jerry ?

Non, car ce dont nous parle Krazy Kat, c’est d’amour. En effet, le chat est éperdument amoureux de la souris, au point que, lorsqu’il reçoit sa brique sur la tête, au lieu de petites étoiles, ce sont des cœurs qui apparaissent. Le Kat identifie Ignatz à un ange, et lui voue une dévotion sans borne, quoi qu’il advienne.

Dans ces conditions, comment expliquer l’insistance d’Ignatz à vouloir lancer sa brique sur la tête du Kat, quitte à se retrouver en prison ? 

[img"Krazy Kat, la souris, la 'brick' et le 'cop'"]

Quand à la sollicitude du sergent pour le Kat, et son intransigeance à l’égare de la souris, elle est plus qu’étrange.  Ne voit-il pas que le Kat ne déteste pas être victime de la souris, et que dans ce cas, mettre la souris en prison de peut causer que de la peine au Kat ? 

Le policier est clairement du genre masculin. Pour la souris, c’est plus problématique. Son comportement semblent plutôt la classer également dans ce cas.


 

 la question, plusieurs fois posée sur le genre du Krazy Kat, «est-il un garçon où une fille ?», (question notamment posée par le cinéaste Frank Capra, grand fan de la série) Herriman a répondu : «j’ai pensé autrefois que le Kat était une fille, mais ça ne fonctionnait plus, ce n’était plus le Kat. J’ai alors réalisé que le Kat était un peu comme un lutin, un elfe. Il peut-être il ou elle. C’est un farfadet libre de mettre son grain de sel dans tout».

[img"Krazy Kat le lutin"]


 

Ce dont nous parle donc Herriman, c’est des rapports humains, faits d’amour, de haine, de liberté, d’enfermement, de fantaisie et de complexité.

Complexité en effet, car ce petit monde prend place dans Comté de Coconino, qui existe réellement en Arizona. Mais c’est un Coconino changeant, instable, pour ainsi dire onirique : d’une case à l’autre, le décor mute complètement, sans raison apparente, se modifie, passe de la nuit au jour ou réciproquement.

[img"Krazy Kat et l'amour"]


 

[img"La scène centrale décontextualisée"]

Très souvent dans les pages dominicales, les cases se déroulent autour d’une scène centrale non encadrée, n’ayant absolument rien à voir avec le déroulement de l’histoire : comme un petit bonus de bas de page, mais qui se trouverait promu au rang central de la mise en page.


 

[img"le Kat et les mots"]

Le langage de Krazy Kat est lui aussi d’une richesse déstabilisante. Pétri de références à Shakespeare et Dickens, matinées de patois New-Yorkais, de mots et consonances étrangères, notamment le créole de la nouvelle Orléans de son enfance, de français, d’Irlandais, d’italien, de yiddish, d’espagnol mexicain, d’un peu d’allemand... le tout dans une orthographe vernaculaire et phonétique.

Autant dire que la langue d’Herriman est si savamment populaire qu’elle en devient de la poésie. C’est d’ailleurs une grande caractéristique de cette bande de réunir le grand public et l’élite intellectuelle. 

C’est ce qui explique son grand succès dans les années 20. Ainsi, l’humour absurde est tellement poussé qu’il rejoint parfois la philosophie.


 

Le célèbre critique Gilbert Seldes (1893-1970) a qualifié en 1924 Krazy Kat de «l’œuvre d’art la plus amusante, fantastique et satisfaisante produite en Amérique»

En 1999, Krazy Kat fut nommé meilleure bande dessinée du vingtième siècle par le Comics Journal.

Krazy Kat a eu aussi une grande influence sur des artistes comme Mandryka (le concombre masqué) ou F’murr (le génie des alpages).

Les éditions Les Rêveurs ont publié le premier volume de la traduction française, Krazy Kat, Planches du dimanche 1925-1929 en octobre 2012. 

La qualité de cette édition lui vaut le Prix du patrimoine au festival d’Angoulême 2013.

 

[img"Krazy Kat chez les Rêveurs"]

La scène centrale décontextualisée
Krazy Kat et l'amour
le Kat et les mots
Krazy Kat (dessin)
Baron Bean (couv)
Baron Bean (A)
Krazy Kat le lutin
Krazy Kat, la souris, la 'brick' et le 'cop'
Baron Bean (B)
George Herriman 1901
George Herriman 1903 A
George Herriman 1903 B
Krazy Kat chez les Rêveurs

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