Nakazawa

Keiji
Nakazawa Keiji
1 939
2 012

[img"Gen d'Hiroshima"]

Keiji Nakazawa est né le 14 mars 1938 à Hiroshima, au Japon. Son père est un peintre de style traditionnel, qui décore notamment des chaussures de bois. Quatrième  de la famille, Keiji a trois frères et deux sœurs.

Le 6 août 1945, à la fin de la deuxième guerre mondiale, l’armée américaine lance deux bombes atomiques sur le Japon : l’une à Nagazaki, l’autre à Hiroshima.

Keiji est alors âgé de 6 ans.  Protégé par un mur, il survit à l’explosion, alors que son père, une de ses sœurs et son petit frère périssent.

Deux de ses frères n’étant pas à Hiroshima durant cette période, Keiji et sa mère tentent de survivre dans l’univers ravagé par la bombe, au milieu de monceau de cadavres. 


[img"Sparks"]

Peu après la guerre, Nakazawa est marqué par la lecture de La Nouvelle Île au trésor d’Osamu Tezuka (1947) et par les spéctacles de kamishibai (théâtre de papier japonais).

Enfant solitaire, il passe ses journées à réaliser des dessins d’humour. Une fois son diplôme d’études secondaires obtenu, souhaitant s’engager dans la voie même artistique que son père, il débute dans le lettrage publicitaire

En 1960, sa première illustration est publiée par la revue Omoshiro Bukku, qui lui prend ensuite quelques histoires. Afin de faire carrière, Nakazawa décide alors de s’installer à Tokyo, où sont situées les principales maisons d’édition japonaises.

Il y arrive en 1961, et travaille d’abord comme assistant pour des studios de mangaka.

En 1963, Shonen Gaho publie sa première histoire professionnelle, Spark.


[img"Sous la pluie noire"]

[img"Sous la pluie noire int"]

Publié également par Shonen King et Bokura, il ne parvient cependant pas à percer et se contente de publier des mangas commerciaux. 

En 1966, Nakazawa revient à Hiroshima et se marie peu avant la mort de sa mère. Lors de l’incinération de celle-ci, il constate avec horreur que ses os étaient réduits en poudre, rongés par le rayonnement atomique. Il décide alors de faire une bande dessinée inspirée par le bombardement d’Hiroshima de 1945 : 

Sous la pluie noire.

Cette histoire met en scène un assassin qui tue des Américains impliqués dans les bombardements. 

Bien que l’histoire soit refusée par les principaux éditeurs et qu’il doive continuer à aligner les œuvres alimentaires pour faire vivre sa femme et son premier enfant né en 1967, Nakazawa ne se décourage pas et une revue pour adulte, Manga Punch, finit par accepter de la publier en 1968.


[img"Aru hi totsuzen"]

[img"Moero ! Guzumu"]

Le 8 septembre 1969, l’hebdomadaire pour jeunes garçons Weekly Shonen Jump entame la publication de Moero ! Guzumu, la première bande dessinée de Nakazawa publiée dans une revue à fort tirage. 

Il produira ainsi quatre autre séries pour Shonen Jump, devenant un auteur à part entière, capable de plaire au jeune public auquel ces histoires à suivre sont destinées. 

Outre celles-ci, Nakazawa publie des récits complets anti-guerre, comme Soudain un jour (Aru hi totsuzen), 80 pages publiées d’un seul tenant en 1970 mettant en scène un père irradié à Hiroshima dont le fils développe une leucémie.


[img"Ore wa mita"]

En 1972, le rédacteur en chef des revues Jump Tadasu Nagano demande à ses auteurs d’écrire un récit autobiographique pour le numéro d’octobre de Monthly Shonen Jump. Dans son histoire, Je l’ai vu (Ore wa mita), Nakazawa évoque pour la première fois son expérience directe du bombardement, alors qu’il s’était surtout intéressé à ses conséquences dans les années précédentes

Nagano, marqué par ce récit qui suscite par ailleurs des réactions positives chez les lecteurs, propose à Nakazawa d’en réaliser une version plus ambitieuse, ce que l’auteur s’empresse d’accepter.


[img"Hadashi no Gen"]

Ce sera Gen d’Hiroshima, en japonais Hadashi no Gen, 

littéralement «Gen aux pieds nus» (Gen le va-nu-pied ?), dont la parution commencera en 1973.

Il s’agit du premier récit vraiment autobiographique de l’auteur, racontant directement son expérience de la bombe.

L’histoire commence avant que celle-ci ne tombe sur Hiroshima,  et décrit la dureté de la vie pendant la guerre, surtout pour la famille de Nakaoka,  alter ego de Nakazawa, dont le père est pacifiste.

La société japonaise, très dure et sure de la victoire du Japon allié  à l’Allemagne nazie, traite les pacifistes comme des traîtres , leur menant une vie impossible.

De plus, les restrictions imposées par l’effort de guerre rend la pauvreté extrême, et il n’est pas facile de trouver à se nourrir.

Le premier tome de cette série qui en compte dix se termine par le largage de la bombe.


[img"Destruction de Hiroshima"]

Le deuxième tome décrit la ville d’Hiroshima juste après que la bombe ne l’ai détruite. Les gens encore vivant errent, leur peau calcinée pendant le long de leurs membres, Les milliers de cadavres sont dévorés par les mouches, les militaires brûlent tous ces cadavres, les survivants cherchant les membres de leur famille sous les décombres et les ossements.

Le dessin de Nakazawa est étrangement adapté à ce récit : typique du style du manga commercial  des années 70, il est très marqué par le style «disneyen» de Tézuka.

Rendu par ce dessin très rond et presque enfantin, le récit de ces atrocités devient lisible : il n’y a aucune complaisance, aucun esthétisme dans le dessin, l’histoire nous est présentée avec une grande efficacité et une force d’expression d’autant accrue.

L’émotion ne naît pas du style de l’auteur, mais du récit lui-même.


[img"Yakuza"]

Les tomes suivants racontent les difficultés des survivants : la lutte pour la nourriture, les orphelins de la bombes,  les Yakuza tentant de profiter de la situation, le rejet des survivants de la part des autres japonais par peur de la «contagion nucléaire», les maladies relatives à la bombe, brûlures, cancer et leucémies, l’occupation du japon par l’armée américaine.


[img"Espérance"]

Mais malgré les difficultés, Gen, doté d’une volonté et d’une force de vie incroyable surmonte toujours les épreuves. Il est aidé en cela par le souvenir de son père, qui lui parlait du blé, que l’on piétine en hiver mais qui repousse au printemps encore plus fort.

Gen d’Hiroshima peut être ainsi considéré comme un témoignage terrifiant sur ce que peut faire l’homme, mais aussi comme un hymne extraordinaire à la vie et au courage.


[img"Critique"]

Malgré cela, et à cause de l’aspect critique très vigoureux que ce manga comporte sur la société japonaise, et le comportement de ce pays pendant et après la deuxième guerre mondiale, Gen d’Hiroshima eût des difficultés de parution.

Lorsque Nagano, promu, est remplacé à l’automne 1974, Nakazawa est prié de trouvé un autre support de publication. La maison-mère de la revue, Shueisha, pense en effet qu’un manga sur les bombardements atomiques ne pourrait se vendre, et que le sujet est pourrait mener à des controverses.

C’est finalement la nouvelle maison d’édition Chobunsha qui commence à publier les éditions reliées de la série à partir de 1975. 

Elle devient immédiatement un succès critique et de librairie, 

et la publication périodique reprend dans des mensuels de gauche non spécialisées dans la bande dessinée, ce qui permet à Nakazawa d’attirer l’attention d’un public adulte cultivé.

Une adaptation cinématographique dirigée par Tengo Yamada sort sur les écran en 1976, suivie de deux autres épisodes en 1977 et 1980, puis de dessins animés très réalistes de Mori Masaki en 1983 et 1986. En 1981, une comédie musicale est montée, tandis qu’en 1982, un premier roman inspiré de l’univers de Gen est publié.

Gen fût aussi un des premiers Manga à être traduit et publié en France, en 1983, par les «Humanoïdes Associés». Un réédition voit le jour en 1990 chez Albin Michel sous le titre «Mourir pour le Japon».

Il est aujourd’hui édité en dix volumes chez  Vertiges Graphique.

 

 

Aru hi totsuzen
Moero ! Guzumu
Sous la pluie noire
Sous la pluie noire int
Sparks
Ore wa mita
Critique
Destruction de Hiroshima
Yakuza
Espérance
Gen d'Hiroshima
Hadashi no Gen
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