Franquin

André
André Franquin
1 924
1 997

Belge, né le 3 janvier 1924 à Etterbeek (Belgique, mort le 5 janvier 1997 à Saint-Laurent-du-Var (France)

Séries : Spirou, Modeste et Pompon, Gaston Lagaffe; Idées noires

Franquin est sans doute avec Hergé une des figures les plus marquantes de la bande dessinée Franco-Belge.

Son apport réside notamment dans la vivacité de son trait, la vie qu’il confère à ses personnages, l’énergie qui mène ses histoires, le punch de ses gags.
l fait ses études à l’institut Saint-Luc, école d’art religieuse Bruxelloise. Après un court apprentissage dans un studio d’animation belge dirigé par Eddy Paape (auteur entre autre de Marc Dassier et Jean Valhardi) où il rencontre Peyo (les Schtroumpfs) et Morris (Lucky Luke), il entre aux éditions Dupuis par l’intermédiaire de Morris.

Spirou

[img"Spirou 1939"]

Il commence par faire des illustrations pour le journal «Le moustique», magazine de programme de radio. Il ne crée pas, mais reprend le personnage de Spirou, alors pris en charge par Joseph Gilain, alias Jigé, auteur par ailleurs des aventures du cow-boy Jerry Spring et principal dessinateur du journal de Spirou. Le personnage de Spirou a été créé en 1938 par Robert Velter alias Rob-Vel, pour les éditions Dupuis. Rob-Vel s’est inspiré d’un personnage de groom qu’il avait créé précédemment pour des illustrations publicitaires. Le nom, «Spirou», est un terme Wallon signifiant «écureuil» ou «facétieux». Et de fait, Spirou est au départ un groom aimant faire des farces au personnel du Moustic Hôtel, ainsi nommé en référence au journal vedette (de programmes télé-radio) des éditions Dupuis. C’est sous la plume de Rob-Vel que Spirou rencontre Spip.

En 1943, les soubressauts de la guerre obligent Rob-Vel, mobilisé, blessé puis prisonnier de guerre, à vendre les droits du personnage à Dupuis, et c’est Jigé qui le reprend en l’affublant du personnage de Fantasio. Submergé de travail au journal de Spirou pour lequel il réalise la quasi-totalité des dessins des histoires du journal, Gillain confie donc le personnage éponyme du journal à Franquin en plein milieu d’une histoire, «La maison préfabriquée» en 1946.

[img"Spirou et la maison préfabriquée - 1946"]

Pour ne pas heurter le lecteur, Franquin s’appliquera dans les premiers temps à copier le style que Gillain utilisait pour la série, mais il s’en éloignera assez rapidement.

[img"Il y a un sorcier à Champignac - 1951"]

Il y introduit de nombreux personnages secondaires, tels le compte de Champignac et tout le petit village du même nom, Zantafio le méchant cousin de Fantasio, le marsupilami (et la Palombie, son pays d’origine), etc.

[img"Spirou et les héritiers - 1952"]

Le ton devient moins débridé, pour aller vers l’aventure semi-réaliste, voire policière (la mauvaise tête).

[img"La mauvaise tête - 1956"]

[img"Z comme Zorglub - 1961"]

Le style graphique de Franquin, de plus en plus nerveux, est à son apogée dans l’album QRN sur Bretzlburg, scénarisé par Greg (connu pour son personnage Achille Talon). Franquin, quand il a des problèmes de scénario, se fait en effet aider par des scénaristes (Greg ou Maurice Rosy - directeur artistique du journal Spirou de 1956 à 1971), et pour les décors, par Jidéhem ou Will.

[img"Qrn sur Bretzelburg - 1966"]

Après QRN, Franquin passe de la plume au pinceau. Le style est toujours nerveux, mais plus souple, un second degré intervient fortement.

[img"Panade à Champignac - 1969"]

Avec Bravo les Brothers, qui est plus une histoire de Gaston Lagaffe que de Spirou, on a clairement affaire à une parodie des aventures de Spirou, dont Franquin s’est lassé. Il abandonne complètement la série au profit de Gaston en 1968.

[img"Bravo les Brothers - 1967"]

En 1955, une brouille intervient entre Dupuis et Franquin à propos du tirage des albums de Spirou et de la rémunération de l’auteur. Furieux, Franquin signe un contrat avec le journal de Tintin, grand rival de Spirou, et entame une série de gags en une planche, format peu usité alors. Ce sera Modeste et Pompon. Il s’agit d’une série de «voisinage», entre Achille Talon et Boule et Bill, et un côté «Donald Duck» - Modeste a trois neveux, une amoureuse «platonique » et des voisins irascibles. La série, que Franquin a qualifiée de «petite BD bourgeoise » - mais il faut dire qu’il n’est tendre avec aucune de ses créations hors Gaston - conserve aujourd’hui un intérêt du point de vue du design : en effet, Franquin s’ingénie à reproduire le mobilier et l’architecture de l’époque, en accentuant l’élégance ou le mauvais goût en fonction de l’ambiance souhaitée (la maison du cousin Félix représentant un exemple du mauvais goût de l’époque selon Franquin).

[img"Modeste et Pompon - 1958-59"]

S’étant par la suite réconcilié avec Dupuis, Franquin fait appel à des amis scénaristes pour l’aider dans cette série - Greg, Goscinny, Tibet, Peyo, François Craenhals (les 4 as). Après deux albums parus en 1958 et 1959, Franquin retourne dans le giron de Dupuis. Franquin a aussi participé à des albums en tant que scénariste. Notons la série Isabelle (1972), petite sorcière dessinée par Will et co-scénarisée par Yvan Delporte et Raymond Macherot (Sybilline), série au charme poétique envoûtant, et «les démêlés d’Arnest Ringard et d’Augraphie», aventures potagères d’un chômeur tentant de se débarrasser de la taupe ayant investi son jardin, dessiné par Frédéric Jannin (Germain et nous) et toujours Yvan Delporte, série d’un seul album, petit bijou d’humour Franco-belge. Cette série dessinée en 1978, sera redessinée par Janin en 1991 lors d’une ré-édition par Marsu Productions.

Gaston Lagaffe

Gaston est apparu dans le journal de Spirou en 1957, comme simple animation du journal.

[img"GASTON - 1957"]

Il a été conçu par Franquin et Yvan Delporte, alors directeur en chef facécieux et adepte des calembours du journal. Le but de l’apparition de Gaston était d’en perturber la mise en page et les rubriques.

[img"Lagaffe nous gâte - 1970"]

Les gags de Gaston restent sans doute parmi les plus drôles de l’histoire de la bande-dessinée, par les trouvailles qu’on y découvre (le Gaffophone, la morue à la fraise), la typicité des personnages, mais surtout par le mouvement et la vie qui leur sont donnés.

À l’origine indolent et plutôt idiot, Gaston devient au fil des années un personnage facétieux, ingénieux - même si ses inventions tournent en général à la catastrophe - et ingénument subversif.

[img"la saga des gaffes - 1982"]

Le côté anti-militariste s’illustrera souvent dans les gags de Gaston. Fantasio, supérieur hiérarchique de Gaston jusqu’à ce que Franquin abandonne la série Spirou, laisse la place à Prunelle, jusqu’alors relativement affable. Ces deux personnages, au contact du «héros sans emploi» deviennent rapidement nerveux et irascibles, contraires exacts du joyeux et flegmatique Gaston.

[img"Gaffe à Lagaffe - 1996"]

Les centres d’intérêt de Gaston tournent autour de :

  • la technique et le bricolage - chimie amusante, mécanique (notons particulièrement son étonnante voiture), électronique ou électricité ;
  • la cuisine - morue aux fraises, crêpes, boîtes de sardines ;
  • le monde animal - mouette rieuse, chat dingue, poisson bubulle, appeaux divers, à l’occasion tortues, vache, chevaux apparaissent ;
  • la musique, notamment le gaffophone, mais pas seulement, on a vu Gaston faire partie d’un groupe éphémère, en compagnie de Jules (de chez Smith en face) et Bertrand Labévue ;
  • l’anti-militarisme et le refus de l’autorité. Celui-ci s’illustre en général par les moyens divers qu’invente Gaston pour se soustraire au travail qui lui est demandé (classer le courrier en retard), mais également par la guerre des parcmètres, dans laquelle Gaston et sa bande d’amis s’engagent contre notamment l’agent de police Longtarin.
  • On assiste aussi régulièrement à la destruction de matériel militaire.

Idées Noires

Cet aspect politique de Franquin s’affirme au cours des années et donne naissance à la série des Idées Noires, courtes histoires toujours drôles mais d’un humour sombre et grinçant. Les idées noires sont en fait un constat sans concession sur l’état de la société, la domination des uns par quelques autres, la cruauté de la civilisation, la naïveté de certains se heurtant au cynisme du monde. Parfois, comme dans Gaston, il s’agit de mettre en scène une revanche du monde animal ou végétal sur l’humain. Cette série est dessinée en silhouettes noires sur fond blanc, ou l’inverse, au rotring, Franquin n’utilisant pas son pinceau pour remplir les noirs, ce qui prend énormément de temps mais donne au noir une vibration inimitable. Les Idées noires s’étaleront de 1977 à 1982, date à laquelle, atteint de dépression nerveuse; il arrête également Gaston.

Par la suite, Franquin ne se remettra jamais plus vraiment à la BD. Les droits du Marsupilami étant vendus à Jean-François Moyersoen qui créé «Marsu Productions», celui-ci vivra ses aventures sous le pinceau de Batem avec Yann au scénario, tous assistés de Franquin néanmoins sur les trois premiers albums. Franquin s’investira beaucoup également dans la série télévisée «Les Tifous», 78 films d’animation de cinq minutes qui passeront à la télévision en 1990 mais qui ne connaîtra guère de succès public. Il tentera également de reprendre les aventures de Gaston, mais abandonne finalement la série en 1991. L’album 15 de Gaston sortira en 1996, très attendu par les fans.

L’année suivante, Franquin meurt le 5 janvier, d’un infarctus, à l’âge de 73 ans.

[img"Idées noires - 1977 - 1984"]

Spirou 1939
Spirou et la maison préfabriquée - 1946
Il y a un sorcier à Champignac - 1951
Spirou et les héritiers - 1952
La mauvaise tête - 1956
Z comme Zorglub - 1961
Qrn sur Bretzelburg - 1966
Bravo les Brothers - 1967
Panade à Champignac - 1969
Modeste et Pompon - 1958-59
GASTON - 1957
Lagaffe nous gâte - 1970
la saga des gaffes - 1982
Gaffe à Lagaffe - 1996
Idées noires - 1977 - 1984

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